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« Désobéissance civile » en Côte d’Ivoire : le crédo des irresponsables

Un auto-bus qui a connu la furia des manifestants désobéissants

Après l’appel à la désobéissance civile lancé par l’opposition, la Côte d’ivoire connaît une flambée de violences meurtrières, qui s’intensifie à l’approche de l’élection présidentielle du 31 octobre. En cause, un troisième mandat d’Alassane Ouattara, dont la candidature a pourtant été jugée légale par les juridictions du pays. Henri Konan Bédié, principal opposant au président sortant, mesure-t-il la portée de ses actes ? 

« Depuis que le monde existe et que les hommes s’entre-tuent, jamais personne n’a commis un crime contre son semblable sans avoir recours à cette pensée tranquillisante. Cette pensée est le bien public, le bien supposé des autres » (Guerre et paix, Tolstoï). 

C’est souvent au nom de ce bien public, c’est-à-dire de l’intérêt général, et donc d’un principe supérieur, que des individus, ou des groupes politiques en appellent à la révolte. Leur mot d’ordre ? La « désobéissance », voire la « désobéissance civile », ce qui donne un verni démocratique supplémentaire à ce cri de guerre. L’objectif affiché ? Transgresser la règle pour créer un mouvement collectif de révolte et à terme l’avènement d’un système meilleur.

Cette méthode politique radicale n’est pas nouvelle et trouve son origine au XIXe siècle sous la plume du philosophe et naturaliste Henry David Thoreau. Si l’idée est louable, elle est devenue, au fil du temps, notamment dans les pays où l’Etat de droit est devenu la norme, un outil ambigu. Aujourd’hui, la désobéissance civile est souvent une arme brandie par des responsables politiques à l’usage du peuple, qui, échauffé et galvanisé, prend les armes, ou se jette corps et âme contre les forces de l’ordre. Une forme d’action politique bien pratique, quand on est soi-même protégé par des gardes du corps (privilège d’être à la tête d’un parti politique), et qu’on pousse ses hommes à devenir de la chair à canon.

Ethique de conviction contre éthique de responsabilité 

En Côte d’ivoire, on aimerait croire qu’Henri Konan Bédié est mû (et ému) par l’intérêt général lorsqu’il appelle le 20 septembre dernier le peuple ivoirien à la « désobéissance civile », son nouveau mot d’ordre (et de désordre), face à la candidature d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle du 31 octobre prochain. Après tout, c’est le jeu, souvent désespéré, de l’opposition que d’en appeler à refuser et à empêcher le processus électoral de se dérouler correctement pour mieux gagner l’élection dans la rue.

Mais dans le cas de cet ancien président de la République, qui du haut de ses 86 ans souhaite à nouveau endosser la fonction suprême, on peut douter d’un complet désintéressement pour le pouvoir, malgré ses déclarations de campagne, dans lesquelles il se présente volontiers en victime sacrificielle : « Je ferai don de ma personne. […] Je le fais par mission, comme un sacerdoce ».

Plus étonnant, le vieux routard de la politique ivoirienne a accepté d’être le candidat du PDCI-RDA à l’élection présidentielle, considérant il y a encore quelques semaines que le processus électoral était acceptable et que sa candidature était une « mission de salut public« . Avant de virer de bord et d’appeler au boycott de l’élection… face à une défaite pressentie ?

L’agneau Bédié envoie ses hommes se sacrifier à sa place  

La désobéissance civile, et l’obéissance à Henri Bédié, ont hélas conduit un certain nombre d’hommes à la mort. Lundi matin à Abidjan, mais aussi dans d’autres villes de Côte d’ivoire (Cocody, Marcory, Bonoua, Kotobi, Gagnoa, Daoukro, Biablé, Divo ou encore Bongouanou), la situation est devenue explosive. Sept morts au total, et des dizaines de blessés, ont été dénombrés par RFI.

Depuis un mois, le gouvernement de Outtara invite les partis politiques de l’opposition, sous l’impulsion de la CEDEAO, à des rencontres et à des séances de travail. Devant l’escalade des violences urbaines, il a dernièrement demandé à l’opposition de reconsidérer sa consigne en appelant à la désobéissance civile pour que l’élection du samedi 31 octobre se déroule sans trop de heurts. Mais l’inquiétude demeure…

Si l’appel à contester un troisième mandat du président Alassane Ouattara peut s’entendre, en tant qu’il s’inscrit dans la vie démocratique de la nation ivoirienne, l’éthique de responsabilité, qui doit animer chaque homme et femme politique, nécessite également de prendre en considération les conséquences de ses actes, et de mesurer l’ampleur d’un appel à la révolte, dans un pays traumatisé par les violences post-électorales de 2010-2011 qui ont fait 3000 morts.

Source: Afrique Matin.net