dimanche 18 août 2019
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Pourquoi la Norvégienne Ada Hegerberg, Ballon d’or 2019, sèche le match contre les Bleues (et toute la Coupe du monde)

C’est le sommet du groupe A. La France affronte mercredi, à Nice, la Norvège, une équipe scandinave privée depuis deux ans de la meilleure joueuse du monde. On vous explique les raisons de la fâcherie.

« C’est une affaire entre eux et moi. » Pendant longtemps, Ada Hegerberg s’est montrée assez évasive sur les raisons qui la tiennent écartée de l’équipe nationale de Norvège, qui dispute contre la France, à Nice, mercredi 12 juin, le match au sommet du groupe A de la Coupe du monde féminine. Depuis 2017 et un triste match perdu 1-0 contre le Danemark dans le petit stade de Deventer (Pays-Bas), lors d’un match de groupes de l’Euro, on n’a plus revu l’attaquante sous le maillot rouge et bleu.

Ce n’était pourtant pas faute d’avoir prévenu. Quand Ada Hegerberg, joueuse clé de l’Olympique lyonnais, annonce sa décision de renoncer à l’équipe nationale, quelques jours plus tard, sa première phrase a pour but de décorréler sa décision de la débâcle sportive encore fraîche. « Ma décision n’est pas qu’une conséquence de l’Euro. Elle est fondée sur mon expérience avec l’équipe nationale depuis une longue période. » Depuis 2011, date de sa première cape avec les A, alors qu’elle n’avait que 15 ans ? Même avant : « J’ai le sentiment que la fédération n’a jamais considéré sérieusement le foot féminin depuis que j’ai été appelé en U15 », souligne-t-elle dans une récente interview au magazine norvégien Josimar (en norvégien)l’équivalent deFrance Football près du cercle polaire arctique.

Un seul T-shirt par joueuse pour 10 jours de stage

Pêle-mêle, elle raconte les publicités gratuites pour les partenaires de la fédération (« Je pensais que ça faisait partie du contrat »), là où les hommes étaient rémunérés pour faire de même ; l’unique T-shirt fourni aux joueuses pour un camp d’entraînement de 10 jours ; la livraison tardive des chaussures à crampons par l’équipementier de la sélection, quelques jours à peine avant l’Euro, qui a empêché les joueuses de s’y habituer, là où ces messieurs n’avaient qu’à se servir dans un camion rempli de crampons : une paire pour les filles, open bar pour les garçons. Un bon résumé du deux poids, deux mesures, qu’elle a pris de plein fouet. « J’ai fini par en faire des cauchemars, après chaque rassemblement avec l’équipe nationale », confie-t-elle au magazine sportif norvégien.

On ne peut pas lui reprocher d’avoir craché dans la soupe alors qu’il était trop tard. A plusieurs reprises, elle a tiré la sonnette d’alarme, publiquement, estimant que ces mauvaises conditions entraîneraient de mauvais résultats. Comme deux jours avant le calamiteux Euro 2017, après un match amical pas bien fameux contre la France. « Personne ne veut entendre la vérité : la Norvège n’a pas progressé depuis 1999 ». Alors grande nation du foot féminin, les Scandinaves avaient échoué en demi-finale il y a deux ans. Un niveau jamais atteint depuis.

Une attitude rebelle mal vue en Norvège

Et ses reproches sur la passivité des instances pour développer son sport sont avérés. En 2017 toujours, le patron de la plus grosse entreprise de BTP du pays, Obos, approche la fédération pour apposer sa marque sur le maillot de l’équipe féminine. Réponse du directeur commercial de la NFF, Erik Loe : un refus poli face au pont d’or proposé. Et l’argument qui tue : « Le foot féminin n’est pas intéressant, commercialement parlant. »

Culturellement, jeter un pavé dans la mare est très mal vu en Norvège, où la norme est plutôt d’éviter qu’il y ait une tête qui dépasse. Ce manque de takhoyde, qu’on pourrait traduire en gros par « la capacité de l’ouvrir quand ça va mal », est bien résumé par le commentateur des matchs de l’équipe nationale, Tom Nordlie, dans le magazine When Saturday Comes (en anglais) : « En Norvège, on aime bien que tout le monde mange les mêmes céréales dans le même lait. » Mais il serait faux de pointer Ada Hegerberg comme la première à snober le bol de cornflakes. En 2009, déjà, cinq joueuses du club champion de Norvège avaient décliné la sélection, se plaignant de la chape de plomb qui pesait en interne et du management « vieille école » du coach de l’époque, Bjarne Bernsten.

« Respecte ton équipe nationale ! »

N’empêche, dix ans plus tard, Ada Hegerberg est prise pour cible. Le jeune meneur de jeu de l’équipe masculine, Martin Odegaard, a ainsi vivement réagi sur Instagram à l’interview de son homologue féminine, réalisée en février mais publiée à quelques jours du début du Mondial : « Tu aurais pu éviter de perturber l’équipe à ce moment crucial. Respecte ton pays et ton équipe nationale ! » Bien avant, un des cadres de la fédération norvégienne de foot, Vidar Davidsen, avait publié une version revisitée du tube du groupe pop Di Derre Jenter (« Les filles », en VF) en Jenter som sipper (« les filles qui pleurnichent »), relevait Josimar dans un long article sur le sexisme ordinaire dans ce pays où joueurs et joueuses ont signé un accord historique sur l’égalité des salaires.

L’attention portée au cas Hegerberg plutôt qu’aux joueuses norvégiennes qui foulent les pelouses françaises a le don d’énerver aussi en interne. La star a ainsi « unfollowé » (arrêté de suivre) plusieurs de ses anciennes équipières sur les réseaux sociaux. Lesquelles en ont marre de commenter chacun de ses faits et gestes. « Ça nous bouffe beaucoup d’énergie », reconnaît la milieu de Chelsea Guro Reiten dans The Independent (en anglais). Pourtant, Ada Hegerberg sera devant sa télé pour voir le choc contre les Bleues. « Mais il n’y aura pas de connexion émotionnelle », nuance-t-elle dans une interview à ESPN.

On l’avait déjà vu, quand elle avait déclaré, drapée dans le drapeau norvégien après son triplé en finale de la Ligue des champions avec Lyon face au Barça : « Jouer pour mon pays me manque. Mais pas jouer pour ma fédération. »

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